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Document publié le 20 juin 2011



Eclair : L’ÉDUCATION PRIORITAIRE DÉMANTELÉE


Le ministère de l’éducation nationale a mis en ligne le vade-mecum censé accompagner les écoles, collèges et lycées entrant dans le dispositif ECLAIR à la rentrée. Un programme qui démantèle l’éducation prioritaire et détourne une partie des moyens amaigris du primaire.

Eclair vademecumLe ministère entame avec « l’extension du programme ECLAIR est l’occasion d’une refonte de l’éducation prioritaire ».
« Il n’y aura plus de RAR à la rentrée 2011 ».
Le ministère de l’Education nationale a mis en ligne vendredi 10 juin le vade-mecum du programme ECLAIR (Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition et la réussite) censé accompagner les équipes des établissements concernés par l’extension du dispositif à tout le territoire en septembre prochain.

Sur le site EDUSCOL, il est indiqué que le programme ECLAIR concernera 325 collèges et les écoles primaires de rattachement. 8 collèges et leurs écoles jusqu’ici en RAR n’accéderaient pas au label ECLAIR.

REFONTE DE L’ÉDUCATION PRIORITAIRE : EXCLUSION DE ZONES EN DIFFICULTÉS ET DES ZONES RURALES

Pour les établissements RAR laissés de côté et les RRS, ce sera aux recteurs de choisir « la façon dont ils accompagnent les collèges et écoles (…) qui ne deviennent pas ECLAIR ». Il est explicitement annoncé qu’ECLAIR ne sera applicable que dans « les quartiers défavorisés des grandes agglomérations », qu’il « n’est pas étendu à tous les territoires marqués par des difficultés sociales », et qu’ « il ne concerne pas les zones rurales ».
Pour ces territoires non concernés par ce qui n’est plus appelé « éducation prioritaire » mais « nouvelle politique prioritaire nationale », chaque académie devra développer « en plus du programme national ECLAIR, des politiques prioritaires académiques » !

LES PRINCIPES DU PROGRAMME ECLAIR

Le vade-mecum affirme des « principes fondamentaux », parmi lesquels la stabilité et la motivation des équipes, « le décloisonnement du pédagogique et de l’éducatif » ! et la contractualisation.
S’appuyant sur l’article 34 de la loi d’orientation de l’éducation nationale fixant les règles des expérimentations, le dispositif ECLAIR prévoit la mise en place de projets « innovants » ou « expérimentaux » d’une durée de trois à cinq ans.

  • Des enseignants recrutés sur profil

Le projet sera porté par une « équipe-projet » comprenant « tous les personnels », mais dont les membres seront triés sur le volet.
Le chef d’établissement doit être choisi par le recteur, les enseignants sélectionnés sur des postes profilés et après entretien avec le chef de l’établissement.

Pour le premier degré, la procédure pourra être similaire puisque que le texte prévoit « des modalités permettant aux directeurs d’école et aux enseignants d’adhérer en toute connaissance de cause au projet d’école et au projet de réseau (postes fléchés, entretien préalable, procédure d’avis ...) ».

  • Des ressources humaines et pédagogiques prises au primaire

Le principe du « décloisonnement du pédagogique et de l’éducatif » s’accompagne de la création d’un statut de « préfet des études » intervenant dans le secondaire pour une prise en compte globale des jeunes en difficulté.
Les préfets devront toutefois assurer le lien entre primaire et secondaire, et pourront dans le primaire procéder à des expérimentations sur les rythmes scolaires. Mais ils auront aussi la possibilité de puiser dans les ressources humaines du premier degré des personnels appelés à participer aux instances pédagogiques des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE).

  • Des contrats d’objectifs

Un autre des grands principes est donc celui de la « contractualisation ». La signature de contrats d’objectifs est prévue au programme. Le suivi fera l’objet d’évaluations à plusieurs niveaux : national, académique et au sein des établissements par une auto-évaluation « accompagnée par les autorités académiques ». Sur le plan de la formation, le programme prévoit des actions collectives s’adressant à l’ensemble de l’équipe. Elle visera notamment les professeurs des écoles « compte tenu du caractère central de la maîtrise des apprentissages fondamentaux ». Elle prétend notamment s’attaquer aux mécanismes et aux méthodes d’apprentissage du langage, de la lecture, de l’orthographe, de la grammaire et de l’arithmétique.

VERS DES ÉCOLES DU SOCLE COMMUN

Le programme ECLAIR prévoit également une formation pour des « rapprochements » entre écoles et collèges et dans le premier degré « un accompagnement renforcé par les conseillers pédagogiques ».
A noter que les stages dureront, en tout et pour tout… 3 jours.

  • Des PE au collège pour l’aide personnalisée

Si le programme poursuit un objectif sensible, celui de la création d’une « école du socle », « qui commence à la maternelle, se poursuit à l’école et au collège » et pour cela prévoit de « consolider les fondamentaux » dans les établissements et écoles retenus en ECLAIR.

Le Livret Personnel de Compétences devient l’outil de mise en œuvre de ce continuum tandis qu’une nouvelle fois, les enseignants du premier degré sont sollicités pour intervenir au collège, dans le cadre d’actions d’aide personnalisée par exemple.

Il est aussi question de demander aux élèves du collège d’assurer le parrainage d’enfants entrant en 6e
Parmi les autres volets de ce vade-mecum figure bien sûr l’évaluation des acquisitions des élèves, la personnalisation de leur parcours ou encore la prévention de la violence et du harcèlement.

Communiqué du SNUipp-FSU :

Démantèlement ECLAIR de l’éducation prioritaire : Pour le SNUipp-FSU, c’est NON !

Le ministère vient de rendre public, sur le site Eduscol, un vademecum sur le nouveau programme ECLAIR. En catimini, le document scelle la disparition des RAR [1] et annonce un véritable démantèlement de l’éducation prioritaire.

Avec cette nouvelle logique, l’école primaire risque d’être complètement mise à nue. Les moyens en personnels sont appelés soit à être récupérés, soit à être détournés de leur fonction. C’est le cas des secrétaires de réseaux invités à disparaître et des professeurs surnuméraires intervenant auprès des élèves dans les écoles qui pourraient se transformer en préfets des études, postés uniquement dans le second degré.

Par ailleurs, la déréglementation s’organise au sein des écoles primaires avec le recrutement des enseignants sur des postes à profil soumis à un entretien préalable et à une procédure d’avis. Les propositions en matière de formation continue font pâle figure. Elles consistent en 3 jours de formation à la tenue de classe et des auto-formations sur les fondamentaux. Le ministère semble ainsi abandonner la classe comme levier pour améliorer les apprentissages des élèves. Pour lui, l’avenir se niche seulement dans la lutte contre la violence.

Le SNUipp-FSU refuse ce démantèlement « ECLAIR » de l’Education prioritaire et demande l’abandon du programme. Le ministère fait peu de cas des aspects positifs du bilan des RAR* qu’il avait lui même rendu public, il y a peine quatre mois. Cette volte-face est un déni de l’engagement professionnel des enseignants. Il faut, au contraire, capitaliser les réussites actuelles de l’Education prioritaire et développer le travail d’équipe, le « plus de maîtres que de classes », la formation et l’accompagnement professionnel des enseignants. Le SNUipp-FSU exige l’ouverture d’une concertation sur la circulaire ECLAIR et sur l’avenir de l’éducation prioritaire.

Paris, le 13 juin 2011

[1] RAR : Réseau Ambition Réussite

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